Présentation de la thérapie familiale psychanalytique
Alberto Eiguer

La thérapie familiale psychanalytique est inspirée de la psychanalyse des groupes et de l’anthropologie de la parenté. En considérant la famille comme un groupe, on peut, afin de surmonter les difficultés, aborder aisément les sources du trouble personnel ou du conflit familial, les défenses, fantasmes et affects communs, les mythes, les places de chacun de ses membres, le transgénérationnel.

Un groupe d’indications est représenté par les désordres de la parenté, la monoparentalité, la recomposition familiale, l’adoption, l’abandon ou le placement d’enfant, l’homoparentalité : elles demandent un traitement prioritaire afin de retisser les liens, pour que la famille panse ses blessures et (re)trouve ses fondements symboliques.

En ce qui concerne la pratique, le protocole thérapique recommande la venue en séance de tous les membres de la famille afin que les fantasmes inconscients partagés soient analysés et interprétés. Les séances, d’une heure à heure et demi à raison d’une fois par semaine à une fois par mois, sont animées par un ou plusieurs thérapeutes. Une attention particulière est donnée au transfert groupal et au contre-transfert, puis aux effets psychiques de ce transfert sur chacun des thérapeutes, et entre eux, qu’ils veilleront à mettre à jour et élaborer en commun.

Le thérapeute de la TFP, comme tout thérapeute qui se reconnaît analyste, se donne quelques principes parmi lesquels :
- Il essaie de ne pas empêcher le développement du transfert, au mieux de le faciliter.
- Il ne se propose pas de « guérir », ce qui se produira tout naturellement du moment que le processus se met en marche.
- Il essaie de protéger son narcissisme, sa stabilité personnelle et d’assurer la poursuite du processus. Face aux résistances, il saura patienter et attendre que le processus permette le dégagement de solutions, pour autant que cela lui soit possible. Son outil de travail lui inspire confiance, son activité est inspirée de « ses liens inconscients » aux formateurs et au champ psychanalytique. Ceci n’exclut ni doutes ni remise en question de la technique, ni changements d’orientation. Au contraire, ces passages sont inévitables, et ils permettent souvent de progresser.

ANDRE RUFFIOT
Par Alberto Eiguer
André Ruffiot est décédé le dimanche 7 novembre 2010 des suites d’une longue maladie à l’âge de 83 ans.
Avec lui, disparaît un fondateur et un pionnier.
C’est grâce à lui que la thérapie familiale psychanalytique a pu définir son champ spécifique, qui se différencie des autres approches de la famille.
Je me souviens avec quelle énergie il défendait son efficacité et la diversité de son champ d’action. Il est utile de le rappeler à un moment où la psychanalyse est remise en cause avec une animosité sans égale. Il transmettant une foi et une passion qui ont permis que la TFP devienne ce qu’elle est au jour d’hui : dynamique, apte à trouver des applications nouvelles, suscitant des recherches audacieuses, mondialement reconnue et appliquée. André nous a appris que le chemin le plus court n’est pas forcement le plus percutant pour les familles. Il était à la fois rigoureux et souple, strict et sensible, énergique et ouvert d’esprit.
Pendant les années 1980 au moment où sont parus ses principaux travaux, nous étions une poignée à nous regrouper autour de lui. Par la suite, beaucoup d’autres nous ont rejoints. Nous avons organisé des réunions scientifiques, des formations, des recherches et il nous conseillait avec tact et bienveillance. Je me souviens de lui lors du Congrès international de groupe de Zagreb, en 1986 : très travailleur, il est resté dans sa chambre pour rédiger ses interventions, tandis que nous souhaitions partager notre temps entre les séances scientifiques et la découverte du pays. André travaillait sans relâche pour défendre la qualité du nouvel outil auprès des familles.
Lors d’un des colloques de ces années-là, organisé par la première fois dans sa ville de Grenoble, André nous a dit qu’il ne souhaitait pas cette fois faire d’intervention parce qu’il préférait, en hôte généreux, laisser ses amis s’exprimer car de « toutes les façons, les participants connaissent mes idées ». Didier Anzieu lui a répondu avec son humour inégalable : « Mais André, soyez d’Isère (disert). » Cet épisode définissait la personnalité d’André et également la sagacité de Didier.
Depuis la fondation de la revue Le divan familial, en 1998, André nous a accompagnés avec ferveur. Il était membre du comité scientifique de lecture. Chacun de ses comptes-rendus de lecture a montré une finesse et une clarté d’esprit exceptionnelles. Il nous surprenait par ses analyses pointues où il apparaissait lucide et bien informé des progrès de notre science. A sa lecture, nous avions le sentiment qu’il suivait de près nos activités, au fait des derniers développements comme s’il y avait été parmi nous, alors que sa maladie l’empêchait de quitter son domicile. Ses réponses nous surprenaient régulièrement : il n’était jamais là où on l’attendait, veillant néanmoins à l’approfondissement des découvertes princeps de la thérapie familiale psychanalytique. André se sentait responsable de notre travail et il est resté un maître jusqu’à la fin.

Ses obsèques ont eu lieu à La Tronche, près de Grenoble, à l’église Saint-Serjus, le vendredi 12 novembre 2010 à 14 heures.